L’horlogerie suisse aime ses remaniements discrets annoncés au détour d’un communiqué. Celui qui vient de tomber pour la House of Brands, le groupe réunissant Breitling, Universal Genève et Gallet, est pourtant tout sauf anodin. C’est une réorganisation en profondeur qui se dessine, avec des noms bien connus de l’industrie appelés à de nouvelles fonctions dès le mois de mai.

Georges Kern passe de Breitling au groupe
Depuis 2017, Georges Kern était le visage de Breitling. En moins d’une décennie, il a orchestré l’un des redressements les plus spectaculaires de l’horlogerie contemporaine, portant le chiffre d’affaires annuel de la marque à plus de 800 millions de francs suisses selon les estimations des analystes, soit plus du double de ce qu’il était à son arrivée.
Il a affiné le positionnement de la marque, élargi son audience bien au-delà des cercles d’initiés et posé les bases d’une ambition plus large. Cette ambition, c’est précisément ce qu’incarne aujourd’hui la House of Brands, le véhicule stratégique qu’il a construit autour de Breitling en acquérant successivement Universal Genève fin 2023, puis Gallet au printemps 2025.
Kern quitte donc la direction opérationnelle de Breitling pour se consacrer exclusivement à la stratégie de groupe en tant que CEO de la House of Brands, un rôle créé spécifiquement pour lui. Un passage de relais logique, même s’il marque la fin d’une époque pour la marque de Grenchen.
Jean-Marc Pontroué prend la tête de Breitling
Pour lui succéder, le choix s’est porté sur Jean-Marc Pontroué, figure bien connue de l’écosystème Richemont. Sa carrière parle pour lui : direction de Roger Dubuis depuis 2011, puis CEO de Panerai de 2018 à 2025, avec en toile de fond une solide expérience chez Montblanc.
C’est lui qui a guidé la marque italienne pendant sept ans, en retail, wholesale (commerce indépendant) et marketing, dans un segment du luxe exigeant. Sa prise de fonction chez Breitling est attendue en mai 2026.
Universal Genève et Gallet s’organisent en entités indépendantes
Parallèlement à ce mouvement au sommet, les deux marques ressuscitées par le groupe se structurent. Grégory Bruttin, en poste comme directeur général d’Universal Genève depuis août 2024, conserve sa fonction. Le nouveau lancement de la marque vient d’être mené à bien ce mois d’avril, avec une ambition affichée dans le segment haut de gamme qui en fait sans doute le retour et repositionnement de marque le plus ambitieux de l’industrie depuis des décennies.
Du côté de Gallet, c’est Erwan Rossignol qui est officiellement nommé directeur général. Déjà à la tête de l’équipe qui prépare le lancement, il cumule cette responsabilité avec son rôle actuel de Global Director of Wholesale chez Breitling. La date cible pour le (re)lancement de Gallet est fixée à fin août 2026. Une échéance serrée pour une marque connue de ses modèles Flying Officer et Multichron, mais qui n’a encore dévoilé aucune nouvelle pièce.
Trois marques, trois segments, une logique de groupe
Soutenu par des fonds de capital-investissement, le groupe de Grenchen se dote ainsi d’une structure qui rappelle celle des grands conglomérats horlogers, Richemont, Swatch Group, LVMH, avec un portefeuille différencié sur plusieurs segments de prix.
Gallet est pensée comme une marque de tool watches patrimoniales positionnée en dessous de Breitling, dans une fourchette attendue autour de 3 000 à 5 000 francs suisses, s’appuyant sur les mêmes infrastructures industrielles et commerciales que la maison mère. Breitling occupe le cœur du dispositif. Universal Genève, elle, vise résolument le haut de gamme, là où le storytelling et l’exclusivité constituent les principaux leviers de désirabilité.
L’avis de We Love Watches
La cohérence du mouvement est indéniable. Georges Kern a construit chez Breitling l’une des trajectoires les plus réussies de l’horlogerie indépendante des dix dernières années, et sa montée au niveau groupe est la suite naturelle de sa vision.
L’arrivée de Jean-Marc Pontroué, profil Richemont rodé aux marques à forte identité, est un choix sérieux pour piloter Breitling dans sa prochaine phase. La vraie inconnue reste Gallet : ressusciter une marque fantôme sur un marché déjà saturé de « revivals » sera un test grandeur nature pour la capacité d’exécution du groupe sur plusieurs fronts à la fois. Rendez-vous cet été.




