Il y a des projets horlogers qui relèvent de l’ingénierie pure, et d’autres qui tiennent du tour de passe-passe. La ThinKing Mystery de Konstantin Chaykin appartient aux deux catégories à la fois. Présentée en édition limitée à 12 exemplaires, cette nouvelle version du ThinKing combine le record absolu d’épaisseur de 1,65 mm établi par la manufacture russe en 2024 avec un affichage mystérieux digne des grandes heures de la tradition de la haute horlogerie.

1,65 mm : le record tient et passe en série
Pour situer l’enjeu, rappelons que 1,65 mm représente à peine l’épaisseur de deux cartes de crédit superposées. Quand Piaget, Bulgari ou Richard Mille se livrent depuis des années à une course aux microns avec des budgets de groupes industriels, un horloger indépendant de Moscou parvient à surpasser tout le monde avec des solutions entièrement brevetées et une philosophie d’inventeur assumée.
Le véritable défi de cette année n’était pas de revalider le record, mais de le rendre reproductible. Passer d’une pièce unique à une série implique un processus radicalement différent : là où il est possible d’accepter de produire cinq composants pour n’en conserver qu’un qui satisfasse aux exigences de précision (et de qualité) extrêmes, cette approche est inacceptable en production sérielle. Chaykin l’a résolu, et la ThinKing Mystery représente cette démonstration de reproductibilité.
Affichage mystérieux, esthétique « wristmon »
La signature visuelle de la marque, ce visage de montre anthropomorphe que Chaykin nomme wristmon, n’est pas ici un ornement plaqué sur la technique : c’est la technique elle-même. Dans un wristmon, les indicateurs d’heures et de minutes ne se superposent pas comme dans une montre conventionnelle, ce qui évite mécaniquement d’empiler de la hauteur. Les indicateurs ne sont pas des aiguilles mais des disques, et dans la ThinKing Mystery, ce sont des disques en saphir transparents.
L’illusion mystérieuse naît précisément de ce choix : les marquages horaires semblent flotter dans le vide, entraînés par un système d’entraînement latéral et trois galets installés autour de chaque « œil », sans qu’aucune transmission visible ne trahisse le mécanisme sous-jacent.
Le concept remonte au tout premier bracelet-montre conçu par Chaykin en 2007, et il aura fallu attendre cette architecture ultra-fine pour qu’il trouve enfin sa forme la plus aboutie.

Solutions techniques inédites, toutes brevetées
Atteindre 1,65 mm d’épaisseur dans un mouvement mécanique fonctionnel a nécessité de repenser chaque composant depuis ses fondements. Le barillet ultra-fin développé pour la ThinKing est dépourvu de couvercle supérieur traditionnel, avec l’arbre de barillet conçu comme un embrayage à roue libre utilisant des billes en carbure de tungstène.
Pour les matériaux, Konstantin Chaykin a recouru à des alliages spéciaux : un acier de précision développé en Russie, non magnétique et d’une dureté de 62 unités Rockwell pour le boîtier, et une combinaison d’alliage d’aluminium et d’alliage lourd chargé au tungstène pour les balanciers.
Le fond du boîtier fait office de platine principale, les pierres rubis inférieures y étant directement serties, poussant l’intégration architecturale à un niveau qui constituait selon Chaykin une première dans l’histoire de l’horlogerie fine. La réserve de marche annoncée est de 38 heures, avec un chiffre réel plus proche de 42 heures.
La précision atteinte oscille entre -15 et +20 secondes par jour, obtenue après des mois de recherche sur la géométrie et l’équilibrage des deux balanciers, qui nécessitaient une machine à régler spécialement développée, les outils conventionnels étant inadaptés.

Le bracelet fait partie de la structure
Un détail que l’on ne soupçonne pas en voyant cette montre : le bracelet en cuir n’est pas un accessoire, c’est un élément structurel de la montre. Chacune des deux moitiés du bracelet intègre deux éléments élastiques : une embout en titane préformé et un insert en caoutchouc spécial, dont le rôle est d’absorber les contraintes mécaniques liées au port et à l’attachement, afin que presque tout le stress soit pris en charge par le bracelet plutôt que par le boîtier. Chaque vis de fixation est individuellement testée avant livraison.
Konstantin Chaykin est honnête sur les limites de l’objet. Les chocs sur le boîtier sont strictement à proscrire en raison de la construction extrêmement mince, et les disques indicateurs d’heures et de minutes peuvent se briser car ils sont eux-mêmes d’une finesse extrême. L’étanchéité est garantie à 1 ATM, ce qui est faible par rapport aux standards contemporains mais normal pour une montre relevant davantage de la joaillerie mécanique.
La montre est dépourvue de couronne apparente, conformément à l’obsession de Chaykin pour l’absence de toute protubérance. Un outil dédié permet le remontage et le réglage des aiguilles, dans la tradition des premières montres de poche ultra-fines du XIXe siècle.
Le prix n’est pas communiqué publiquement par la manufacture, et la production est limitée à 12 exemplaires. Pour Chaykin, cette édition n’est pas un point final : il envisage des développements futurs, tant dans la réduction d’épaisseur que dans l’intégration de complications supplémentaires, considérant cette course comme un défi d’ingénierie passionnant pour l’ensemble de l’industrie. Affaire à suivre donc.







2 Commentaires
Techniquement incroyable, par contre le design est à chier !
Pas faux. On attend une vraie pièce au design moins clivant !