Il fallait oser. Krayon, la maison neuchâteloise fondée par Rémi Maillat, vient de dévoiler la série Pac-Man : 15 pièces uniques en platine, construites autour de la complication Anywhere, pour les 45 ans du célèbre jeu d’arcade. Sur le papier, la démarche pourrait sembler gadget. À l’arrivée, c’est tout le contraire.

Un Anywhere déguisé en niveau de jeu
La base technique est celle que les amateurs de la maison connaissent bien : le calibre C030, un mouvement manufacture à remontage manuel de 432 composants, 55 rubis, animé à 21 600 alternances/heure avec 72 heures de réserve de marche. Sa spécialité : indiquer les heures de lever et de coucher du soleil pour n’importe quel endroit du globe, selon la date et la position géographique personnalisée par le porteur.
Krayon ne change pas cette mécanique. Elle la réinterprète entièrement dans l’univers de Pac-Man. Le petit soleil qui parcourait le cadran Anywhere est remplacé par le personnage jaune lui-même, qui tourne sur 24 heures au rythme du cycle jour/nuit. Le coucher du soleil devient le « grand cookie ».
À minuit, les fantômes passent en bleu comme dans le jeu, retrouvant leurs couleurs d’origine à l’aube : rouge pour Blinky, rose pour Pinky, orange pour Clyde, bleu clair pour Inky. Leurs yeux indiquent la position du lever du soleil. Le parallèle entre la boucle infinie du jeu et le cycle circadien de la complication n’est pas forcé : il est réel, logique, et plutôt élégant.
Un cadran qui n’existe qu’en un seul exemplaire
Le cadran repose sur un fond en onyx poli, d’un noir profond. Le labyrinthe Pac-Man y est reproduit en tampographie translucide : invisible sous la lumière directe, il se révèle seulement selon l’angle d’incidence, comme un message codé pour celui qui porte la montre. Autour de ce fond minéral, les fantômes et les fruits sont peints à la main sur des disques saphir superposés.
La typographie des inscriptions MIDDAY, MIDNIGHT, MARCH, SEPTEMBER reprend fidèlement le pixel-art d’origine, et le logo Krayon se distille en quelques pixels carrés. Chacune des 15 pièces est strictement unique. La position des fantômes, des fruits et des symboles varie d’un exemplaire à l’autre.
Certains fantômes avancent sur quatre pattes, d’autres sur trois. Fei Hou, co-fondatrice de Krayon et créatrice des Métiers d’Art de la maison, a composé chaque cadran selon sa propre intuition, entre tirage aléatoire et décision artistique revendiquée. Une approche « blind box » appliquée à la haute horlogerie, si l’on veut.
Côté technique toujours, le boîtier de 39 mm en platine PT950 affiche 9,5 mm d’épaisseur, ce qui reste contenu pour un mouvement de cette complexité. Finitions soignées, double fond saphir pour admirer le calibre, résistance à l’eau à 30 mètres. Le bracelet est en alligator noir cousu main, boucle ardillon platine.
L’avis de We Love Watches
Les collaborations entre haute horlogerie et culture pop existent depuis longtemps, et elles ne tiennent pas toujours leurs promesses. Ici, l’exercice fonctionne, les deux fondateurs de Krayon (et nous aussi d’ailleurs) appartiennent à la génération Pac-Man, l’un des jeux les plus populaires dans les salles d’arcade du monde entier. Le prétexte biographique est solide, l’intégration mécanique réelle, et l’exécution Métiers d’Art au niveau attendu de la maison.
Attention par contre, avec un prix estimé à plus de 100 000 €, nous ne sommes clairement pas dans la montre de néophyte. Mais pour les 15 nostalgeeks qui auront les moyens et la chance de s’en emparer, c’est une pièce de collection à deux entrées : l’une vers 1980, l’autre vers Neuchâtel.
Prix : sur demande








