Il y a des années où Patek Philippe se contente de peaufiner, et des années où la manufacture de la rue du Rhône semble vouloir rappeler à la totalité de l’industrie ce qu’elle est réellement capable de faire. 2026 appartient clairement à la seconde catégorie. Vingt nouvelles références, des premières techniques historiques, un cinquantième anniversaire qui concentre l’essentiel du commentaire autour des montres sportives, et pourtant les pièces les plus marquantes du salon sont peut-être ailleurs.
Le cinquantième anniversaire de la Nautilus, entre épure et audace
Tous les regards se sont naturellement portés sur les quatre nouvelles pièces anniversaire de la Nautilus, cinquante ans après son lancement en 1976 par Gérald Genta comme l' »enfant terrible » de la haute horlogerie. La réponse de Patek est celle de la retenue totale. Les trois montres-bracelets partagent un boîtier d’une épaisseur de seulement 6,9 mm, des aiguilles bâton en or blanc et un cadran bleu soleil avec le gaufrage horizontal emblématique de la collection.
Toutes trois sont animées par le calibre ultra-plat 240 à micro-rotor, dont le fond saphir révèle une inscription « 50 1976-2026 ». La réf. 5810/1G-001 (ci-dessus) reprend le format 41 mm en or blanc sur bracelet intégré, édition limitée à 2 000 pièces, tandis que la 5810G-001 au même format sur bracelet composite est limitée à 1 000 pièces. La troisième, et peut-être la plus attendue, est la réf. 5610/1P-001 en platine de 38 mm, un format intermédiaire que les collectionneurs réclamaient depuis des années, limitée à 2 000 pièces. Toutes trois sont proposées sans date, pour laisser la composition du cadran dans sa plus stricte pureté.
La quatrième pièce de cet anniversaire est une (vraie ?) surprise : Patek transforme la Nautilus en montre de bureau. La réf. 958G-001 reprend intégralement le langage de la boîte, augmenté à 50,7 mm, sans bracelet mais avec un dos s’ouvrant en fond de table. Le mouvement à remontage manuel sur deux barillets offre 8 jours de réserve de marche et affiche heures, minutes, date, jour et indication de réserve.
Limitée à 100 pièces, elle est gravée au dos « 50th Anniversary Nautilus 1976-2026 Patek Philippe ».
La Cubitus passe à la Grande Complication

La collection Cubitus n’avait que deux ans d’existence, et Patek lui offre déjà sa première grande complication. La Cubitus Calendrier Perpétuel Squelette réf. 5840P est présenté dans un boîtier platine de 45 mm de diagonale pour seulement 10 mm d’épaisseur.
Ce qui rend cette pièce particulièrement réussie, c’est la manière dont le mouvement a été dessiné. Le calibre 28-28 Q SQU est une évolution du calibre 240 Q, dont les ponts et platines ont été géométriquement calqués sur la forme du boîtier, avec un squeletage qui reproduit exactement le motif de lignes horizontales de la collection.
Les ponts ajourés se superposent à la structure du cadran, créant une continuité visuelle entre l’intérieur et l’extérieur du boîtier. La complication se paye même une petite fantaisie : plutôt que le traditionnel disque à deux lunes, la phase de lune utilise un unique grand disque lunaire qui complète une rotation complète tous les 29,53 jours, produisant un effet visuel bien plus dramatique et naturaliste.
La Céleste, une première technique absolue

La pièce techniquement la plus ambitieuse de ce salon est sans doute la réf. 6105G Céleste Lever et Coucher du Soleil. Les montres affichant les heures de lever et de coucher du soleil sont une rarissime sous-catégorie dans la haute horlogerie, et elles souffrent toutes du même problème : elles restent calées sur l’heure solaire, ce qui les décale d’une heure à chaque passage à l’heure d’été et d’hiver.
Patek résout ce problème pour la première fois avec un mécanisme de correction synchronisée qui permet de décaler d’une heure l’indication lever/coucher du soleil lors du changement d’heure, via une simple pression sur un correcteur. Cinq ans de développement et six brevets auront été nécessaires pour y parvenir.
Le cadran multi-couches, avec disques saphir empilés représentant la voûte céleste de Genève, la rotation de la Lune et les phases lunaires, est par ailleurs d’une sophistication visuelle extrême, porté par un boîtier en or blanc de 47 mm au design résolument contemporain.
Le premier automate-bracelet « moderne » de Patek

Avec la réf. 5249R-001, Patek Philippe présente le premier automate-bracelet de sa longue histoire moderne. Le mécanisme s’inspire d’une montre de poche du Musée Patek datant de 1958, réalisée d’après la fable de Jean de La Fontaine « Le Corbeau et le Renard ».
L’heure est affichée à la demande uniquement : une pression sur le poussoir à 2 heures déclenche la séquence. Le renard indique d’abord les heures avec sa patte pour les heures basses, sa gueule pour les heures hautes. Maintenir le poussoir fait tomber du bec du corbeau une aiguille des minutes en forme de morceau de fromage, qui décrit un arc rétrograde sur 60 minutes.
Dès que le poussoir est relâché, les deux indicateurs reviennent à leur position de repos, et le cadran reprend son immobilité de tableau animé. Le plateau en or 18 carats requiert 150 heures de travail manuel pour graver l’ensemble des appliques qui composent la scène.
Les grandes complications, toujours là
Le chronographe rattrapante à calendrier perpétuel réf. 5270P reparaît avec une série de cadrans laqués à dégradé, disponibles en gris anthracite, bleu, et rouge sur fond soleil, accentuant l’aspect sportif de cette pièce emblématique. La répétition minutes réf. 7047G, dans un boîtier or blanc de 38 mm, associe la plus noble complication acoustique à une esthétique résolument contemporaine, avec un cadran bleu marine à motif carbone et des détails orange, rappelant visuellement certaines montres de sport.
L’avis de We Love Watches
Patek Philippe a présenté à Genève l’une de ses plus ambitieuses collections depuis plusieurs années. La Nautilus anniversaire est ce qu’elle devait être : une célébration sans excès, concentrée sur l’essentiel de ce qui a rendu la montre culte.
Mais les pièces véritablement marquantes de ce salon sont la Céleste avec sa correction de l’heure d’été, une avancée technique sans équivalent dans l’industrie, et l’automate « Le Corbeau et le Renard », qui rappelle que Patek peut aussi être joueur et poétique.
La Cubitus, encore jeune, confirme en deux ans d’existence qu’il ne s’agissait pas d’une collection opportuniste mais d’un vrai programme à long terme.
Prix (estimations, au cours CHF/EUR actuel) :
- Nautilus 50e anniversaire sur bracelet or blanc 41 mm (réf. 5810/1G-001, 2 000 ex.) : environ 78 000 €
- Nautilus 50e anniversaire sur bracelet composite or blanc 41 mm (réf. 5810G-001, 1 000 ex.) : environ 62 500 €
- Nautilus 50e anniversaire platine 38 mm (réf. 5610/1P-001, 2 000 ex.) : environ 93 500 €
- Nautilus montre de bureau or blanc (réf. 958G-001, 100 ex.) : environ 213 000 €
- Cubitus Calendrier Perpétuel Squelette platine (réf. 5840P-001) : environ 156 000 €
- Chronographe Calendrier Perpétuel réf. 5270P : environ 206 500 €
- Automate « Le Corbeau et le Renard » or rose (réf. 5249R-001) : environ 332 000 €
- Céleste Lever et Coucher du Soleil or blanc (réf. 6105G-001) : environ 364 000 €
- Répétition Minutes réf. 7047G or blanc : environ 462 000 €







