On vous en parlait fin 2024 : Jaeger-LeCoultre traversait une passe difficile, entre chômage partiel à la manufacture du Sentier et ventes en recul. Depuis, les choses ont bougé vite, très vite. Et si la prochaine grosse nouvelle ne concernait pas une nouveauté produit, mais bel et bien la cession de Jaeger-LeCoultre par Richemont ?
Baume & Mercier vendue : l’apéritif avant le plat de résistance ?
Fin janvier, Richemont officialisait une décision qui a surpris plus d’un observateur : la vente de Baume & Mercier au groupe italien Damiani, pour un montant non divulgué. Une cession qui, avec le recul, ressemble davantage à un signal qu’à un cas isolé. Après avoir cédé fin janvier sa marque horlogère Baume & Mercier, le groupe Richemont serait désormais disposé à se séparer d’une autre de ses maisons suisses, Jaeger-LeCoultre. Une information relayée par l’agence AWP et qui fait l’effet d’une petite bombe dans le secteur.
Selon une source bien informée du secteur horloger contactée par AWP, « le rachat devrait se faire plus rapidement que celui de Baume & Mercier car le dossier a été très bien préparé en amont ». Il pourrait même être annoncé « ce début de printemps ».
Jérôme Lambert rachète sa propre maison ?
Le scénario qui circule dans les coulisses du secteur est pour le moins savoureux. Un management buy-out (MBO), ou rachat par la direction actuelle, se profile selon le blog horloger Business Montres. Celui-ci soutient que le patron de la marque depuis janvier 2025, Jérôme Lambert, en aurait pris les rênes dans l’objectif de s’en emparer.
Une information que confirme le blog Miss Tweed, citant plusieurs sources du secteur. Il précise que M. Lambert souhaiterait acquérir l’entreprise « sur ses fonds propres et avec le soutien de partenaires ». Pour rappel, Jérôme Lambert n’est pas un inconnu dans la Vallée de Joux. Comme nous l’évoquions fin décembre, il avait déjà dirigé Jaeger-LeCoultre de 2002 à 2013, avant d’occuper les fonctions de CEO puis COO du groupe Richemont. Un retour aux sources qui prend aujourd’hui une toute autre dimension.
Combien vaut Jaeger-LeCoultre ?
La question brûle les lèvres de tout amateur de haute horlogerie. L’opération valoriserait la marque horlogère fondée en 1833 à plus d’un milliard de francs suisses. Alors que Richemont ne publie pas les chiffres d’affaires de ses maisons horlogères, la banque Morgan Stanley a estimé le chiffre d’affaires de Jaeger-LeCoultre à 524 millions de francs suisses en 2024.
Mais côté rentabilité, c’est une autre histoire. Une source anonyme du secteur confie à AWP que la marque est « tout juste profitable ». Un deal à plus d’un milliard pour une maison au bord de l’équilibre financier : le ou les acquéreurs devront clairement miser sur l’avenir plutôt que sur les bilans actuels.
Richemont en mode déstockage stratégique
Derrière ces rumeurs, il y a une tendance de fond que les observateurs du secteur ne peuvent plus ignorer. « Les marques horlogères ne sont pas rentables pour Richemont qui souhaite s’en défaire l’une après l’autre. L’année 2026 va être celle de la déconsolidation », résume une source du secteur pour AWP.
Il faut dire que le groupe genevois n’a plus vraiment besoin de l’horlogerie pour briller. Cartier, Van Cleef & Arpels et la joaillerie représentent l’essentiel de ses performances. Richemont avait fait l’acquisition de Jaeger-LeCoultre en 2000. Un quart de siècle plus tard, l’heure serait donc venue de tourner la page.
Le blog Business Montres, toujours bien informé sur les coulisses de la profession, évoque pour sa part un MBO « masqué derrière le MBO à demi-avoué » de Baume & Mercier. L’idée : ce que l’on croyait être un cas isolé ne serait que l’amuse-bouche d’une vaste opération de recentrage stratégique. Les jeux sont faits ?





