Le mercato de l’horlogerie suisse continue avec le rachat de Beyer Chronometrie par Patek Philippe. Confirmé il y a quelques semaines, l’accord met fin à 266 ans d’existence d’un commerce indépendant qui était, depuis sa fondation en 1760, le plus ancien détaillant de montres du monde. À la fin de cette année, la boutique de la Bahnhofstrasse fermera ses portes, pour rouvrir en 2027 sous les couleurs exclusives de la manufacture genevoise.

Un symbole horloger de 266 ans
Fondée en 1760, Beyer Chronometrie est depuis longtemps considérée comme le plus ancien détaillant de montres et bijoux au monde.
Installée au Bahnhofstrasse 31 à Zurich depuis 1927, la maison était devenue au fil des générations bien plus qu’un simple point de vente : un repère de l’horlogerie haut de gamme, fréquenté par les plus grands collectionneurs et distribuant les marques les plus exigeantes en matière de sélection de revendeurs.
Parmi elles, Patek Philippe depuis 1842 et Rolex depuis 1932, une coexistence rarissime dans le monde du retail horloger haut de gamme.
Le décès de René Beyer, déclencheur de la vente
Le propriétaire de longue date René Beyer est décédé inopinément en avril 2025, sans héritier. L’entreprise est passée entre les mains de sa sœur, Muriel Zahn-Beyer, qui n’a pas non plus de descendants. Selon les déclarations de cette dernière à la Neue Zürcher Zeitung, qui a révélé l’information, René Beyer avait lui-même anticipé la vente avant sa disparition, en cédant une participation minoritaire à Patek Philippe dès 2024.
La cession totale était donc planifiée, non subie : une façon de s’assurer que l’emplacement, le personnel et l’héritage de la maison ne seraient pas bradés à un tiers inconnu.
La boutique actuelle de la Bahnhofstrasse fermera définitivement ses portes à la fin 2026. Dès 2027, Patek Philippe prendra en charge le bail et transformera l’espace en un salon flagship de grande envergure, devenant ainsi le quatrième salon mondial de la marque aux côtés de Genève, Londres et Paris.
La surface du bâtiment, qui s’étale sur trois étages, permettra à Patek Philippe de proposer une expérience de marque complète et immersive, dans le droit fil de la stratégie menée dans ses autres salons.
Cette acquisition ne peut manquer d’évoquer le rachat de Bucherer par Rolex en 2023. Dans les deux cas, un fabricant de référence absorbe un détaillant historique avec lequel il entretient des liens anciens, et convertit un espace multimarques en vitrine exclusive. La tendance à la verticalisation de la distribution dans la haute horlogerie se confirme ainsi de façon spectaculaire.
Le musée Beyer préservé, mais déplacé
Le musée de Beyer, dont la collection horlogère exceptionnelle est restée propriété de la famille Beyer, ne fait pas partie de la transaction. Il sera relocalisé dans un autre espace de la ville de Zurich, préservant ainsi son rôle culturel et historique. C’est un point qui mérite d’être souligné : l’une des collections privées de montres anciennes les plus remarquables d’Europe continuera d’être accessible au public, même si son adresse changera.
Ce rachat marque bien davantage qu’un simple changement d’enseigne sur une façade zurichoise. La disparition de Beyer Chronometrie en tant que commerce indépendant clôt une histoire de 266 ans et efface du paysage l’un des rares endroits au monde où un client pouvait entrer, comparer et acheter simultanément des montres Patek Philippe et Rolex dans le même espace.
Ce type d’indépendance de détaillant, garant d’une certaine neutralité de conseil, appartient désormais à une époque révolue sur la Bahnhofstrasse. Pour les amateurs qui considèrent que la pluralité du retail horloger est une valeur en soi, l’annonce a quelque chose de mélancolique. Pour Patek Philippe, elle représente l’aboutissement logique d’une stratégie de contrôle de sa distribution dans l’une des artères commerçantes les plus prestigieuses du monde.




