Rolex a présenté hier à Milan une montre que peu avaient vue venir, malgré tout de même quelques rumeurs sur les réseaux sociaux. La Perpetual Padellone rejoint la collection Perpetual, inaugurée en 2023 par la 1908, avec un calendrier annuel complet à saut instantané et un affichage des phases de Lune. Trois versions en métaux précieux, un calibre entièrement nouveau et un nom emprunté à l’une des Rolex anciennes les plus convoitées : cette nouveauté tranche avec le calendrier habituel de la marque.
Précision importante : il ne s’agit pas du premier calendrier annuel de Rolex. La Sky-Dweller utilise déjà cette complication depuis son lancement en 2012. La Padellone est toutefois la première Rolex à réunir, au sein d’un calendrier annuel, le jour, la date, le mois et les phases de Lune, avec un changement simultané et instantané des trois indications calendaires.

Padellone, la « grande poêle » de 1949
Le surnom vient des collectionneurs italiens. La référence 8171, lancée en 1949 et produite jusqu’en 1952 environ, mesurait 38 mm de diamètre à une époque où les montres dépassaient rarement les 34 ou 35 mm. Ses proportions lui ont valu le sobriquet de « Padellone », que l’on peut traduire par « grande poêle ».
Elle embarquait un calendrier complet automatique avec une aiguille centrale pour la date, deux guichets pour le jour et le mois, ainsi qu’un affichage des phases de Lune associé à la petite seconde à 6 heures. Contrairement à la majorité des Rolex de son époque, la 8171 n’utilisait pas un boîtier Oyster : elle possédait un fond clipsé et n’offrait donc pas la même protection contre l’humidité. Les exemplaires ayant conservé un cadran en bon état sont aujourd’hui particulièrement recherchés.
Rolex produisait parallèlement la référence 6062, plus petite avec ses 36 mm, mais logée dans un boîtier Oyster à fond vissé. Celle-ci est généralement considérée comme la première montre-bracelet automatique à combiner calendrier complet, phases de Lune et boîtier étanche. Rolex Padellone 2608 de 1951 ci-dessous :
Haplos : deux composants pour reconnaître les mois de 30 jours

Le nouveau calibre 7190 reçoit un mécanisme breveté baptisé Haplos. Celui-ci distingue automatiquement les mois de 30 et 31 jours, ce qui limite les interventions manuelles à une seule correction par an, lors du passage de février à mars.
Rolex met en avant la simplicité du dispositif : deux composants seulement sont ajoutés au mécanisme de date, un doigt d’entraînement supplémentaire et un levier annuel. La programmation du calendrier est intégrée au revers du disque des mois, qui indique au levier la durée du mois en cours.
À minuit, le jour, la date et le mois changent simultanément en une fraction de seconde. Cette fonction fait elle-même l’objet d’une demande de brevet. Il ne faut cependant pas attribuer ce saut à la fréquence élevée du mouvement : les 5 Hz concernent l’organe réglant, tandis que le calendrier dispose de son propre mécanisme de déclenchement.
Le calibre 7190 reprend l’architecture générale du 7135 dévoilé en 2025 avec la Land-Dweller. Il fonctionne à 5 Hz, soit 36 000 alternances par heure, et offre environ 66 heures de réserve de marche. Il associe l’échappement Dynapulse en silicium, un spiral Syloxi, un axe de balancier en céramique et des amortisseurs de chocs Paraflex.
Rolex a déposé 30 demandes de brevet autour de ce mouvement, dont deux concernent exclusivement la Padellone. Quatre correcteurs intégrés aux flancs du boîtier permettent de régler le jour, la date, le mois et les phases de Lune à l’aide du stylet fourni.
Deux Lunes en météorite, avec leurs visages

La disposition du cadran reprend les codes des calendriers complets historiques de Rolex. Le jour et le mois, inscrits en anglais, apparaissent dans deux guichets à 12 heures. Une aiguille centrale bleue terminée par un croissant désigne la date sur le pourtour du cadran.
À 6 heures, le disque des phases de Lune est réalisé en émail bleu et reste entièrement visible. Il effectue une rotation en 29,53 jours. La pleine Lune et la nouvelle Lune sont représentées par deux éléments en météorite, celui de la nouvelle Lune recevant un traitement PVD bleu foncé. Les deux astres portent un visage tampographié, tandis que les étoiles sont imprimées en argent. Un index triangulaire indique la phase en cours.
Le boîtier mesure 39 mm de diamètre pour 12,20 mm d’épaisseur. Sa lunette présente une partie supérieure bombée et une partie inférieure cannelée. L’étanchéité est assurée jusqu’à 50 mètres. Un fond transparent en saphir permet d’observer les ponts décorés de Côtes de Genève Rolex et la masse oscillante ajourée en or jaune.
Deux versions sont proposées en or Everose 18 carats avec cadran blanc intense grainé : l’une sur bracelet en alligator brun mat, l’autre sur bracelet Settimo à sept rangs. La troisième associe un boîtier en platine 950, un cadran bleu glacier grainé et un bracelet en alligator noir mat.
Toutes bénéficient de la certification Chronomètre Superlatif. Depuis 2026, son cahier des charges comprend trois critères supplémentaires portant sur la résistance au magnétisme, la fiabilité et la durabilité, en plus des contrôles de précision, d’étanchéité, de remontage automatique et d’autonomie.
L’avis de We Love Watches

Rolex connaît le calendrier annuel depuis la Sky-Dweller de 2012, mais la Padellone évolue dans un tout autre registre. Elle abandonne l’approche sportive et fonctionnelle de la Sky-Dweller pour renouer avec la montre habillée et les grands calendriers complets du milieu du XXe siècle.
La comparaison avec la Patek Philippe 5396R-016, présentée en 2026 pour les trente ans du calendrier annuel breveté par la manufacture genevoise, est inévitable. Sur la fiche technique, la Rolex avance des arguments solides : une fréquence de 5 Hz contre 4 Hz, environ 66 heures de réserve de marche contre 35 à 45 heures et une étanchéité de 50 mètres contre 30 mètres. Elle se distingue surtout par le saut simultané et instantané du jour, de la date et du mois.
Ces chiffres ne suffisent pas pour autant à déclarer la Rolex mécaniquement supérieure. La Patek ajoute notamment une indication sur 24 heures et joue dans un registre différent en matière de décoration et de finition, sous le contrôle du Poinçon Patek Philippe. Son calibre utilise par ailleurs un spiral Spiromax en silicium : le présenter comme entièrement traditionnel serait donc réducteur.
La réussite de la Padellone tient surtout à la manière dont Rolex utilise son histoire. Le nom italien, les visages des Lunes, l’aiguille périphérique de date et la disposition générale du cadran évoquent clairement les références 8171 et 6062, sans en faire un copier/coller. Le diamètre de 39 mm paraît également bien choisi : un seul millimètre de plus que la montre historique, déjà considérée comme imposante à son époque.
Reste le prix. Rolex France ne publie pas encore de tarif public pour ces références. Les montants relayés par la presse européenne varient selon les marchés et leur fiscalité : entre 56 700 et 58 300 € pour l’or Everose sur cuir, entre 63 800 et 65 500 € pour la version en platine et entre 69 600 et 71 900 € pour l’or Everose sur bracelet Settimo.
Rolex n’a annoncé ni série limitée ni quantité de production. Il serait donc prématuré de présenter la Padellone comme une édition limitée, même si sa complexité, son positionnement et sa fabrication en métaux précieux devraient naturellement restreindre sa disponibilité.











