Après les maisons iconiques et les indépendants avant-gardistes, cap sur un troisième pan du salon We Love Watches : celui du savoir-faire tricolore. Manufactures centenaires, jeunes pousses ambitieuses, artisans du cuir ou de la rubanerie… Ces maisons illustrent, chacune à leur manière, la vitalité retrouvée de l’horlogerie française. Voici leur histoire, marque par marque.
Les manufactures historiques françaises
LIP

Fondée en 1867 à Besançon par Emmanuel Lipmann, LIP est sans doute la maison la plus emblématique de l’horlogerie française. Pionnière de la montre électronique en Europe avec le calibre R27 en 1958, elle est aussi restée dans les mémoires pour l’affaire LIP de 1973, lorsque les ouvriers ont occupé l’usine et poursuivi la production en autogestion sous le slogan « On fabrique, on vend, on se paie ». La marque a également signé des icônes de design comme la Mach 2000, dessinée par Roger Tallon.
Kelton

Née au milieu des années 1950, Kelton s’est imposée comme la référence de la montre populaire et colorée en France, souvent associée aux campagnes publicitaires marquantes. Symbole d’une époque où la montre accessible démocratisait l’horlogerie auprès du grand public, Kelton reste aujourd’hui un nom chargé de nostalgie pour plusieurs générations de Français.
ZRC

Fondée en 1904 à Genève, ZRC entretien d’étroits liens avec la France. Durant son histoire, elle a fourni des montres de plongée militaires à la Marine nationale française, dont la légendaire Grands Fonds 300, une référence encore aujourd’hui destinée aux amateurs de plongeuses vintage tricolores.
Auricoste

Fondée en 1854 par Émile Thomas, reprise en 1901 par Joseph Auricoste puis reprise par Claude Tordjmann au début des années 1980’s, cette maison possède une histoire fascinante. Elle s’est taillée une réputation solide dans l’horlogerie militaire française, en particulier grâce à ses montres de pilote Type 20 et Type 21, développées selon les cahiers des charges stricts de l’Armée de l’Air. Une histoire qui fait d’Auricoste une référence incontournable pour les amateurs de montres d’aviateur françaises.
Yema

Fondée en 1948 à Besançon par Henry-Louis Belmont, Yema s’est illustrée par sa Superman, montre de plongée devenue culte (première plongeuse française étanche à 300 mètres), mais aussi par sa Spationaute, portée par Jean-Loup Chrétien lors de sa mission spatiale en 1982, faisant d’elle la première montre française dans l’espace. La collection Rallygraf, quant à elle, a marqué l’histoire du chronographe automobile tricolore.
Pequignet

Fondée en 1973 à Morteau par Émile Pequignet, cette manufacture reste l’une des dernières en France capable de produire ses propres mouvements mécaniques en interne, à l’image de son Calibre Royal. Sa collection Moorea, portée notamment par des personnalités françaises, a longtemps incarné l’élégance horlogère tricolore la plus reconnaissable.
Herbelin (ex. Michel Herbelin)

Fondée en 1947 à Charquemont, dans le Doubs, la maison Herbelin cultive depuis des décennies un équilibre entre tradition horlogère et élégance contemporaine. Sa collection Newport, inspirée de l’univers nautique et reconnaissable à sa lunette évoquant un hublot de voilier, reste la signature la plus populaire de cette maison familiale toujours indépendante.
Pierre Lannier / 1977


Fondé en 1977 par Béatrice et Jean-Paul Burgun, ce groupe familial s’est imposé comme l’un des plus importants distributeurs horlogers de France. Sa ligne « 1977 » rend hommage à l’année de lancement de son activité horlogère proprement dite, en proposant des collections plus ciblées vers un public exigeant et contemporain, dans la continuité de l’héritage familial.
Les indépendants contemporains qui perpétuent la tradition
Briston

Fondée en 2013 par Brice Jaunet, Briston s’est fait connaître par son boîtier coussin en acétate de cellulose, le même matériau noble utilisé pour les montures de lunettes haut de gamme. La marque a rapidement séduit une clientèle en quête d’un style rétro-chic, facilement personnalisable grâce à ses nombreuses combinaisons de couleurs et de cadrans.
Depancel

Fondée en 2018 par Clément Meynier, Depancel imagine des montres très intéressantes dont les cadrans et les boîtiers s’inspirent de l’univers des courses automobiles d’antan. Chaque collection raconte une histoire particulière, entre passion horlogère et amour de la vitesse.
Charlie Paris

Fondée en 2014 à Paris, Charlie Paris a construit sa notoriété grâce à ses garde-temps contemporains, proposant des montres mécaniques élégantes à des prix accessibles. La marque a su fédérer une communauté de passionnés autour d’une identité résolument parisienne et entrepreneuriale.
Apose

Fondée en 2020 à Mulhouse par Ludovic Zussa et Didier Finck, deux anciens d’un grand groupe horloger suisse, Apose s’est fixée un objectif ambitieux : produire des montres automatiques haut de gamme composées presque intégralement de pièces françaises. Après une liquidation judiciaire en 2025, la marque renaît sous l’impulsion de Romain Thiriet, son horloger historique, qui entend poursuivre cette aventure du « tout français ».
MAT Watches

Fondée en 2003 par Fabrice Pougez sous le nom Mer-Air-Terre, MAT Watches conçoit des montres-outils développées en lien avec des unités opérationnelles françaises, du RAID aux sauveteurs de la SNSM. Sa Timer Pro, portée notamment par les gardes du corps de Jacques Chirac au milieu des années 2000, reste une pièce fondatrice de l’identité robuste et fonctionnelle de la marque.
Ralf Tech

Fondée en 1996 par Frank Huyghe, Ralf Tech s’est d’abord imposée dans l’univers de la plongée professionnelle avant de devenir une référence de l’horlogerie militaire et extrême française. Sa WR1 a notamment accompagné le plongeur Pascal Bernabé lors d’un record du monde de profondeur, tandis que ses collections WRX et WRV continuent d’équiper des unités d’élite.
ESKA

Fondée en 1918 en Suisse par Silvain Kocher, Eska s’était fait connaître pour ses montres féminines miniatures puis pour ses chronographes et sa plongeuse Amphibian 600, avant de s’éteindre en 1987. Relancée en 2024 par deux passionnés, Christophe et Sinicha, la marque assume aujourd’hui une identité franco-suisse, avec un assemblage réalisé à Besançon qui l’inscrit pleinement dans le renouveau horloger tricolore.
Le savoir-faire artisanal au service de l’horlogerie
Julien Faure

Fondée en 1864 à Saint-Étienne, la maison Julien Faure est l’une des dernières manufactures françaises de rubanerie encore en activité. Spécialisée dans le tissage jacquard sur des métiers à navettes hérités du XIXème siècle, elle est notamment le partenaire historique de Tudor pour ses bracelets textiles, tout en collaborant avec les plus grandes maisons de luxe.
Fleurus / Maison Fèvre


Le groupe familial Fleurus voit le jour en 1942 à Saint-Flour, dans le prolongement d’une histoire horlogère familiale démarrée dès 1890. Sa marque Maison Fèvre, basée près de Vichy, s’est spécialisée dans les bracelets de montre en cuir et en tissu, cousus selon un processus artisanal d’au moins seize étapes, fabriqués dans les propres ateliers du groupe à Madagascar.
Bouveret

Fondée en 1987 par Gérard Bouveret dans le Haut-Doubs, berceau historique de l’horlogerie française, cette maison s’est spécialisée dans le bracelet de montre en cuir précieux (alligator, lézard, autruche, galuchat) pour le compte des plus grandes maisons horlogères. Intégrée depuis au groupe Rochet, Bouveret perpétue un artisanat du cuir exigeant, dans le respect des réglementations internationales sur les peaux exotiques.
Maison Vénus

Spécialisée dans l’équipement et l’outillage des horlogers professionnels (pièces détachées, mouvements, outils de réparation, etc…). Une présence qui rappelle qu’un salon horloger ne se limite pas aux montres elles-mêmes, mais englobe tout un écosystème de métiers complémentaires.
La Brigade du Temps

Fondée à Paris par l’horloger Jérôme Plantin, issu d’une famille d’artisans horlogers depuis plus de 40 ans, et son associé Victor Bougnot, La Brigade du Temps propose des cours d’initiation à l’horlogerie où chacun peut apprendre à démonter et remonter un mouvement mécanique suisse. Une manière originale et pédagogique de transmettre la passion de l’artisanat horloger français au plus grand nombre.
Les jeunes maisons qui réinventent le récit horloger
Abordage

Fondée à Saint-Malo par les frères Guillaume et Xavier Graff, Abordage puise son inspiration dans l’histoire maritime bretonne, en particulier dans la figure du corsaire malouin René Duguay-Trouin. Sa première collection, baptisée « 1712 » en référence à l’année où celui-ci ramena sa prise de guerre « Noguette » dans sa ville natale, embarque un mouvement automatique France Ébauches et un bracelet en cuir français, pour une montre fabriquée à 99 % dans l’Hexagone.
Buci Paris

Fondée en 2022 par Nousseïma Baraket à la suite d’une campagne de financement participatif, Buci Paris tire son nom de la rue éponyme de Saint-Germain-des-Prés, quartier parisien qui a vu passer Duras, Sartre ou Racine. La marque marie horlogerie et poésie en gravant une citation littéraire sur chacun de ses bracelets en cuir interchangeables, tout en confiant son mouvement automatique Newton à la manufacture Soprod, entre Jura français et Jura suisse.
Version

Fondée en 2024 par le trio Cybèle Vigneron, Carla Lanfranchini et Lucas Portugaels, Version Watches se présente comme un laboratoire d’idées inspiré par l’architecture moderne, le design Bauhaus et les lignes automobiles des années 60. Sa première collection propose des cadrans sculptés en relief, animés par un mouvement automatique suisse Sellita SW-200-1, avec l’ambition affichée de bousculer les codes établis de l’horlogerie.
Maison Tellus

Fondée en 1926 à La Chaux-de-Fonds sous le nom de Montre Tellus SA, filiale de la manufacture Cortébert, cette maison suisse renaît en 2022 sous l’impulsion de Claire et Nuno de Ayala. Sa signature, baptisée « Parenthèses », reprend un système breveté d’inspiration Art Déco qui encadre le cadran et devient la marque de fabrique immédiatement reconnaissable de chaque collection.
Beaubleu

Fondée à Paris en 2017 par le designer Nicolas Ducoudert, Beaubleu a fait des aiguilles circulaires, inspirées des travaux de Galilée, sa signature visuelle absolue. Plutôt que d’indiquer une direction comme des aiguilles classiques, elles désignent une position sur le cadran, offrant une lecture du temps presque poétique, assemblée à Paris avec des mouvements automatiques japonais Miyota.
March LA.B

Fondée en 2009 par Alain Marhic, Joseph Chatel et Jérôme Mage, March LA.B tire son nom du mois de mars, cher aux fondateurs, associé aux initiales de Los Angeles et Biarritz, symbole d’un mélange assumé entre culture française et culture californienne. Après des premiers modèles lancés en 2011, la marque amorce dès 2013 un virage vers une fabrication française, avec un assemblage réalisé en Franche-Comté.
Gustave & Cie

Fondée à Dijon par Guillaume Rémond et Timothée Barbier, deux amis rencontrés sur les bancs de l’Université de Bourgogne, Gustave & Cie rend hommage à l’ingénieur français Gustave Eiffel, également natif de la ville. La marque a fait de la montre mono-aiguille, disponible en lecture 12h ou 24h, sa signature, pour offrir une vision plus lente et plus poétique du temps qui passe.
Jacques Bianchi (Marseille)

Figure légendaire de l’horlogerie marseillaise, Jacques Bianchi fonde sa maison éponyme en 1982 après des décennies passées à réparer des montres sur le Vieux-Port et à côtoyer les plongeurs de la Comex ainsi que le commandant Cousteau. Sa JB200, reconnaissable à sa couronne positionnée à gauche et à la silhouette d’un plongeur sur son cadran, a longtemps équipé la Marine nationale avant de renaître en 2021 grâce à une campagne de financement participatif portée par plus de 1 100 contributeurs.
Un savoir-faire tricolore à (re)découvrir
Entre manufactures historiques, jeunes marques ambitieuses et artisans du cuir ou de la rubanerie, cette sélection illustre la richesse et la diversité du savoir-faire horloger français. Rendez-vous les 9 et 10 octobre à la Maison de la Mutualité pour rencontrer toutes ces maisons en vrai !





