Zenith a ouvert une consultation sur un projet qui pourrait supprimer environ 100 emplois au Locle et autant à l’international. La manufacture de LVMH prépare une transformation radicale de son catalogue et de sa distribution, avec une relance dans la haute horlogerie à l’horizon 2029. Les rumeurs de vente refont surface, mais aucune cession n’est confirmée.
La moitié des effectifs du Locle sur la sellette
Le plan présenté aux équipes la semaine dernière dépasse une réduction ponctuelle des coûts. Benoit de Clerck, à la tête de Zenith depuis janvier 2024, remet en cause un modèle industriel et commercial devenu trop lourd pour les volumes vendus. La direction veut produire moins et viser une clientèle disposée à payer davantage pour des montres plus exclusives.
Zenith a confirmé l’ouverture d’une consultation du personnel dans le cadre d’un projet de repositionnement stratégique. Les chiffres les plus précis viennent d’une source interne : une centaine de postes seraient concernés sur les 196 collaborateurs de la manufacture du Locle, auxquels s’ajouteraient 101 personnes dans le réseau international de distribution. Il s’agit donc d’emplois menacés par un projet encore en discussion.
Selon L’Événement syndical, le syndicat mandaté dispose jusqu’au 12 novembre pour présenter des propositions visant à préserver des emplois ; une réponse de la direction est attendue au plus tard le 16 novembre. Production, vente et administration sont concernées. Des reclassements dans d’autres maisons du groupe ont été évoqués, sans bilan chiffré à ce stade.
Une crise de marché, mais aussi un problème propre à Zenith
Dans les propos aux salariés rapportés par Le Temps, Benoit de Clerck mentionne le franc fort, les droits de douane américains et le recul de marchés comme l’Asie et le Moyen-Orient. Il décrit également une structure dimensionnée pour des ventes supérieures à celles que réalise aujourd’hui la maison, face à des concurrents dotés de moyens marketing plus importants. Dans sa déclaration à Business of Fashion, il reconnaît des pertes récurrentes et l’impossibilité d’atteindre l’équilibre avec l’organisation actuelle.
Selon les estimations de Morgan Stanley relayées par Business of Fashion, les ventes de Zenith seraient passées de 138 millions de francs suisses en 2023 à 98 millions en 2025, et les volumes de 13 000 à 8 500 montres. Soit environ 29 % et 35 % de recul. LVMH ne publie pas de résultats détaillés par marque : ces évaluations externes ne constituent pas des comptes certifiés.
Le contexte mérite néanmoins d’être nuancé. La Fédération de l’industrie horlogère suisse annonce une hausse des exportations de 11,7 % en septembre 2026, quatrième mois consécutif de croissance, et de 2,7 % sur les neuf premiers mois. Ce sont des exportations, pas des ventes aux clients finaux, et elles ne décrivent pas les affaires de Zenith. Elles montrent toutefois qu’invoquer une crise générale ne suffit pas à expliquer la situation particulière de la manufacture.
Ce que recouvre la relance annoncée pour 2029
Business of Fashion rapporte un projet d’arrêt de la grande majorité des collections actuelles à court terme, ainsi qu’une fermeture des opérations de vente au détail pendant la transformation. Le calendrier détaillé, référence par référence et point de vente par point de vente, n’est pas public.
Plusieurs activités doivent cependant se poursuivre. Le service après-vente et la fourniture de mouvements à d’autres maisons du groupe resteront opérationnels. Cette double activité est essentielle pour comprendre l’avenir de Zenith : une marque vendant ses propres montres et une manufacture produisant aussi pour d’autres.
La G.F.J. montre déjà la direction choisie
Le virage vers la haute horlogerie possède un précédent déjà concret. La G.F.J., lancée en 2025 autour du calibre 135, remet en avant l’histoire chronométrique de la maison. LVMH rappelle dans son rapport annuel 2025 qu’elle a remporté le Prix de la Chronométrie au Grand Prix d’Horlogerie de Genève. La version actuelle en or jaune est affichée 54 000 €.
La légitimité horlogère existe donc. La difficulté sera de transformer cette proposition de collectionneur en une activité durable. Le succès d’une série courte ne démontre pas encore la rentabilité d’une maison entière. Il faudra aussi convaincre une clientèle différente de celle qui achetait une Chronomaster ou une Defy, tout en entretenant la relation avec les propriétaires actuels. Ce segment exige des finitions, du service et une identité stable.
Une vente de Zenith reste-t-elle possible ?
En début d’année, des rumeurs insistantes affirmaient déjà qu’un dossier de vente circulait et un examen préalable avait été engagé. LVMH avait répondu au même moment : « Nous démentons formellement tout projet de vente de la maison Zenith. » Cette dépêche associait donc des informations anonymes sur une vente à un démenti explicite du propriétaire.
Lors de l’annonce de la restructuration en octobre, une source proche de la direction a de nouveau écarté un projet de cession. Une vente éventuelle poserait de plus des questions industrielles : périmètre de la manufacture, conservation des compétences, propriété des développements et poursuite des fournitures de mouvements aux autres maisons.
L’avis de We Love Watches
Zenith dispose de ressources rares : une manufacture historique, le nom El Primero et une compétence reconnue en chronométrie. La G.F.J. prouve que la maison peut construire une proposition différente autour de son patrimoine. L’objectif de renforcer les finitions et de mieux rémunérer le travail horloger se défend.
Le risque se situe dans la transition. Réduire fortement les équipes tout en relevant les exigences de fabrication impose de savoir quelles compétences conserver, transmettre et développer. Fermer des points de vente puis revenir avec une offre beaucoup plus exclusive oblige aussi à reconstruire une relation commerciale. Le soutien financier de LVMH sera utile et la cohérence du projet et sa continuité le seront tout autant.
Nous attendons donc davantage qu’une nouvelle échelle de prix. La maison devra préciser ce qu’elle veut proposer, à qui, avec quelle organisation industrielle et quel accompagnement pour ses équipes. Le résultat de la consultation constituera la première étape concrète pour juger ce plan.





