Le programme d’occasion certifiée d’Audemars Piguet est désormais lancé. Baptisé The Watch Keepers, il associe une plateforme de vente en ligne, l’authentification par la manufacture et une garantie de deux ans. Un cadre rassurant, dont les conditions méritent autant d’attention que les montres proposées, à commencer par une commission vendeur pouvant atteindre 20 %.
AP organise la vente de bout en bout
Nous évoquions il y a quelques jours le lancement imminent du CPO d’Audemars Piguet, en gardant le conditionnel : la marque n’avait pas confirmé les informations publiées sur Internet. Le communiqué daté du 26 octobre lève cette réserve. Nous avons volontairement attendu quelques jours avant de publier notre article pour en savoir plus sur cette offre. Après les premiers essais de 2018 et plusieurs annonces, The Watch Keepers ouvre en Suisse et dans plusieurs marchés européens.
Nous attendions surtout de savoir ce que la certification apporterait et comment les montres seraient vendues. Le propriétaire commence par enregistrer sa montre, son numéro de série et un justificatif de propriété. La première vente de la pièce doit remonter à au moins deux ans. Après validation, un transporteur assuré l’achemine vers les centres de service AP. Les horlogers l’authentifient à l’aide des archives, contrôlent son état et préparent sa présentation. Le vendeur choisit ensuite un prix fixe ou une fenêtre d’enchères.
Pendant la mise en vente, la montre reste sa propriété, tout en étant conservée chez Audemars Piguet. Les conditions officielles apportent une précision importante : lorsqu’un acheteur est trouvé et le prix convenu, The Watch Keepers acquiert la montre, puis la revend en son nom propre. L’acheteur final contracte donc avec Audemars Piguet (Marketing) SA.
Pour le vendeur, l’encaissement dépend toujours de la conclusion d’une vente. Pour AP, ce montage évite le rachat préalable de chaque montre proposée. La maison encadre ainsi la circulation des pièces sans constituer d’emblée un stock acheté à leurs propriétaires.
Une certification utile, une notation à bien comprendre
Sur ce point, plusieurs attentes formulées dans notre précédent article trouvent une réponse. Le cadran, le boîtier et le bracelet sont évalués séparément sur une échelle de un à cinq. Le guide officiel prend notamment en compte l’usure, les rayures et les signes de polissage. Seules les montres dont les composants évalués obtiennent au moins trois sont admises à la vente.
C’est une information utile : deux exemplaires d’une même référence peuvent avoir vécu des vies très différentes. AP précise d’ailleurs que cette note décrit l’état esthétique, sans constituer une estimation de valeur. Pour une montre ancienne, le détail des restaurations et la conservation des composants restent donc essentiels à examiner.
L’acheteur reçoit un certificat d’authenticité, une pochette et une garantie internationale de deux ans. Il faut également regarder ce qui a réellement été fait sur la montre. La préparation à la vente ne signifie pas qu’une révision complète identique est appliquée à chaque pièce. Des interventions supplémentaires peuvent être nécessaires et faire l’objet d’une facturation distincte au vendeur, avec son accord. Le sérieux du dispositif se jugera aussi à la précision de ces informations dans les annonces.
La tranquillité a une commission, chiffrée
AP a publié il y a quelques heures une FAQ qui donne plus de détails sur son CPO et qui affiche un barème vendeur non négociable, calculé par tranches cumulatives :
- 20 % sur les premiers 25 000 € ;
- 15 % sur la tranche suivante, jusqu’à 50 000 € ;
- 10 % sur la part supérieure à 50 000 €.
Prenons une vente à 30 000 € : la commission représente 5 750 €, soit 24 250 € revenant au vendeur avant d’éventuelles autres facturations applicables. Les 15 % ne s’appliquent donc pas à la totalité du prix dès que la montre dépasse le premier seuil.
Cette rémunération couvre un ensemble de prestations : authentification, préparation, photographie, mise en vente, logistique et assurance. Le service a une valeur réelle, particulièrement pour un propriétaire qui souhaite déléguer ces opérations. Mais le montant mérite d’être confronté au résultat obtenu : le prix net vendeur sera plus instructif que le seul prix affiché.
Les conditions prévoient aussi des frais de service lorsqu’une montre mise en vente est retirée avant d’être vendue. Quant aux réparations ou à l’entretien supplémentaires commandés, ils restent facturés séparément. Confier sa montre suppose donc de regarder aussi le coût d’un retrait.
Une expérience en ligne, jusqu’à l’achat
The Watch Keepers habille son service d’une villa virtuelle, de pièces colorées et d’avatars numériques représentant des membres des équipes AP. La présentation est soignée. Elle nous paraît toutefois secondaire face à ce qu’attend un acheteur : comprendre l’état d’une montre, son prix et les conditions de la transaction.
Les prix ne sont pas affichés aux visiteurs non inscrits. La FAQ distingue le compte « Invité », qui permet de les consulter, du profil entièrement vérifié requis pour acheter ou vendre. L’obligation de s’inscrire ajoute une étape à la simple comparaison des offres.
Autre limite concrète : aucun examen physique ni essayage n’est proposé avant l’achat. AP prévoit des photographies détaillées, une vue à 360° et des présentations vidéo privées. Ces outils peuvent aider à apprécier une pièce ; la sensation du bracelet et les proportions au poignet resteront à découvrir à réception. Pour une maison qui met en avant son hospitalité, ce choix intégralement digital mérite d’être noté.
L’avis de We Love Watches
Avec son offre CPO, AP tente de recruter de nouveaux clients et de renforcer la relation avec les propriétaires successifs, recueillir des informations sur sa clientèle et générer des revenus de service. Ces points forts se complètent. L’authentification profite à l’acheteur ; l’organisation du marché de l’occasion sert également la marque.
Il faut aussi garder une juste mesure du catalogue. Le communiqué évoque une centaine de montres présentées en permanence, tandis que le blog SJX en comptait 42 au lancement. La sélection permet de retrouver plusieurs collections et générations, mais son ampleur devra encore se confirmer.
Nous accueillons favorablement la prise en charge technique et la description plus structurée de l’état des montres. La question du prix, posée la semaine dernière, devient simplement plus précise : que restera-t-il au vendeur et quelle proposition recevra l’acheteur, une fois les services rémunérés ? Il faudra comparer les exemplaires à référence, état et accessoires équivalents pour apprécier l’intérêt de chaque offre.
Prix et accès : tarifs propres à chaque montre, consultables après inscription. Service lancé le 26 octobre 2026 en Suisse et dans plusieurs marchés européens, dont la France. Informations et catalogue sur The Watch Keepers.





