Il fallait bien qu’un jour un artiste finisse par se dire que peindre un cadran, c’était finalement un peu trop confortable. Christopher Ward et Chris Alexander, plus connu sous son nom d’artiste The Dial Artist, présentent la Twelve Xander, une édition limitée à 150 exemplaires qui pousse le concept de la collaboration horloger-artiste bien au-delà du simple exercice de style. Pour cette pièce, l’artiste écossais n’a pas peint le cadran, pour la simple raison qu’il n’y en a pas. La Twelve X, base squelettée de cette création, ne dispose que d’un mouvement à nu, et c’est directement sur ses composants que Chris Alexander a appliqué son art urbain.

Peindre le mouvement plutôt que le cadran
L’idée peut sembler anodine sur le papier, mais elle constitue un basculement pour The Dial Artist, dont les précédents projets avec Bamford, Sartory-Billard, Holthinrichs ou IFL Watches consistaient à ré-imaginer des cadrans traditionnels.
Ici, la contrainte est d’un tout autre ordre puisque les pièces peintes doivent rester fonctionnelles et interagir mécaniquement les unes avec les autres. Chris Alexander a travaillé huit composants visibles du calibre CW-001 sur chaque montre, y compris le chemin de fer, les ponts du mouvement et la masse oscillante que l’on retrouve derrière le fond saphir.
Chaque élément passe par un processus en plusieurs étapes qui combine préparation, aérographie, peinture à la main et finition, avec un contrôle méticuleux de l’épaisseur pour ne pas contrarier les tolérances mécaniques d’un calibre squeletté où chaque micron compte. Selon Christopher Ward, l’artiste a peint 1 300 composants au total dans son atelier de Perth, en Écosse, sur 900 heures de travail réparties sur cinquante jours.
Treize couleurs sont mobilisées, sept teintes de fond et six couleurs supplémentaires pour les projections et les points superposés, dans un esprit assumé de peinture d’action à la Jackson Pollock.

Calibre CW-001 chronomètre, 120 heures de réserve
Sous cette débauche graphique, la Twelve Xander repose sur une base horlogère solide. Le calibre CW-001 est le premier mouvement in-house développé par Christopher Ward, présenté il y a plus d’une décennie, et il n’a rien perdu de sa pertinence. Automatique avec remontage manuel et fonction stop seconde, il bat à 28 800 alternances par heure, embarque 26 rubis, et surtout dispose d’une architecture à double barillet qui permet d’atteindre une réserve de marche de 120 heures.
La certification COSC lui garantit une précision de -4 à +6 secondes par jour, ce qui reste un excellent niveau pour un chronomètre porté au quotidien. Le fait que Christopher Ward propose ce calibre in-house sous une enveloppe accessible constitue depuis son lancement l’un des arguments les plus solides de la marque britannique face à ses concurrents suisses.
On rappellera au passage que la Twelve X classique, sans intervention artistique, sert de plateforme technique à cette création, et que l’exercice avait déjà fait consensus pour la qualité de sa finition squelette.

Une pièce en 2,56 quintillions d’exemplaires
Le chiffre a l’air absurde et Christopher Ward le revendique. Puisque chaque composant est peint indépendamment et qu’aucune combinaison ne se répète, la marque avance que les probabilités d’obtenir deux Twelve Xander identiques sont d’une sur 2,56 quintillions, un chiffre volontairement vertigineux qui traduit tout de même une réalité tangible.
Aucune des 150 pièces produites n’est semblable à sa voisine, et cette unicité fonctionnelle n’a que peu d’équivalents dans l’horlogerie contemporaine, y compris chez les grandes maisons qui célèbrent leurs métiers d’art. Difficile en effet d’en identifier une autre qui aurait fait peindre à la main son mouvement, la tradition consistant plutôt à réserver ce type de traitement au cadran, à la lunette ou au fond gravé.
Boîtier titane et disponibilité limitée
Pour le reste, la Twelve Xander conserve l’architecture de la Twelve X. Le boîtier mesure 41 mm de diamètre pour 12,3 mm d’épaisseur, avec un corne à corne compact de 44,5 mm qui la rend étonnamment portable pour une pièce à ce niveau de finition.
La construction fait appel à un mélange de titane Grade 2 pour le boîtier central et le fond, et de titane Grade 5 pour la lunette. Le boîtier reçoit une finition brossée verticale contrastant avec des chanfreins polis, tandis que la lunette combine brossage, polissage et sablage. Un verre saphir plat protège le dessus, un autre offre la vue arrière sur la mécanique, et l’étanchéité est portée à 100 mètres.
Deux options de bracelet sont proposées, l’un en titane intégré Grade 2 avec fermoir papillon à micro-ajustement de 3 mm, l’autre en caoutchouc blanc intégré avec boucle titane. Tous deux disposent du système quick-release cher à Christopher Ward.

L’avis de We Love Watches
Il faut un certain culot pour proposer une édition à plus de 5 000 euros dont la lecture de l’heure n’est franchement pas la priorité, et Christopher Ward le fait sans complexe.
C’est précisément ce qui rend la Twelve Xander intéressante. La marque britannique a construit sa réputation sur le rapport qualité-prix, notamment avec des références comme la Bel Canto ou la C1 Moonphase, mais elle se donne ici les moyens d’exister aussi sur le terrain du produit-manifeste. Le choix de peindre le mouvement plutôt qu’un cadran fantôme est astucieux et parfaitement cohérent avec la contrainte de la Twelve X squelettée, et la performance artistique parle d’elle-même.
Reste que l’exercice divise, comme toute œuvre qui embrasse le street art, et il faudra aimer le style graffiti pour justifier l’écart tarifaire avec une Twelve X standard, plus discrète et moins bavarde. La comparaison avec les Métiers d’Art de Vacheron Constantin ou les Rare Handcrafts de Patek Philippe est certes flatteuse mais légèrement forcée, dans la mesure où la démarche relève ici plus d’une culture pop assumée que d’une inscription dans la tradition des métiers de l’émail ou du guilloché.
Elle n’en constitue pas moins l’une des propositions les plus originales du calendrier horloger 2026, et sa disponibilité limitée à 150 exemplaires laisse peu de doute sur sa capacité à trouver preneur rapidement.
Prix : 5 625 € sur bracelet caoutchouc blanc, 6 125 € sur bracelet titane. Édition limitée à 150 pièces




