Il fallait bien qu’un jour une manufacture horlogère finisse par relire Roald Dahl (Charlie et la chocolaterie) et se dise que la formule du ticket doré caché dans une tablette de chocolat était finalement transposable au poignet. Norqain le fait avec la Freedom GMT Enjoy Life « Holiday », troisième chapitre de sa collection humoristique lancée avec la Ice Cream puis prolongée par la Sprinkles au printemps dernier. Édition limitée à 500 exemplaires, cette nouveauté marque le passage de la ligne au thème du voyage, avec la première complication GMT jamais intégrée à la série. Et surtout, l’une des 500 montres dissimule un Golden Ticket qui transformera son propriétaire en heureux vacancier à l’Ayada Resort des Maldives.

Un Golden Ticket pour les Maldives
Le coup de communication est indéniablement malin. Norqain a placé, à l’intérieur d’un exemplaire non identifié parmi les 500 produits, un ticket doré donnant droit à six nuits consécutives dans une villa de l’Ayada Resort aux Maldives, pour deux adultes en pension complète.
La manufacture familiale conservera le secret sur l’identité du modèle gagnant jusqu’en septembre, ce qui laisse planer un suspense de plusieurs semaines sur les acheteurs des premières unités. Ben Küffer, fondateur et CEO de Norqain, explique la démarche en des termes assumés : « Le voyage a toujours été au cœur de la complication GMT, donc nous nous sommes demandé quelle serait l’expérience de voyage ultime que nous pourrions offrir. La réponse a été de mettre en jeu un séjour de rêve aux Maldives. »
Une manière de rappeler qu’être une marque indépendante familiale permet aussi ce genre de fantaisie, difficilement imaginable chez les mastodontes du secteur qui doivent rendre des comptes à des actionnaires plus prudents.
Un cadran carte du monde peuplé de tongs et de cocktails
Sur le plan visuel, la Freedom GMT Enjoy Life pousse la logique du thème vacancier jusque dans ses moindres détails. La base du cadran est blanche mate, sur laquelle vient se poser une carte du monde stylisée dans une palette d’orange, de rose et de turquoise.
Autour, la bague GMT 24 heures reprend un dégradé inspiré des lumières du lever et du coucher de soleil, avec une lecture ponctuée d’icônes en lieu et place des chiffres habituels. Minuit devient un croissant de lune, le matin s’ouvre sur une tasse de café, et la fameuse plage horaire entre 16h et 18h se voit signalée par un cocktail marquant la « Happy Hour ».
Vingt-quatre icônes supplémentaires réparties sur le cadran représentent autant de destinations et de monuments célèbres à travers le monde. Même le guichet de date se met de la partie : un jour sur sept, le chiffre laisse place à un dessin de plage tel qu’une paire de tongs, des lunettes de soleil, un maillot ou un parasol, façon calendrier ludique.
Malgré cette débauche graphique assumée, la lecture de l’heure reste étonnamment claire grâce à des index appliqués plaqués rhodium et à une aiguille GMT à pointe turquoise qui se distingue nettement des aiguilles d’heures et de minutes. Le tout bénéficie d’une couche généreuse de Super-LumiNova qui préserve la lisibilité dans l’obscurité.
Un vrai calibre GMT « flyer » certifié COSC
Sous ce cadran pop, on trouve un argument autrement plus sérieux. La montre est animée par le Calibre Manufacture NN20/2 développé par Norqain en collaboration avec Kenissi, la fabrique de mouvements co-détenue par Tudor.
Certifié chronomètre par le COSC, ce mouvement offre 70 heures de réserve de marche et surtout une architecture GMT dite « flyer », l’un des points techniques les plus intéressants du dossier. Contrairement aux calibres GMT dits « caller » ou « office » que l’on retrouve fréquemment à ce niveau de prix, le flyer permet de faire sauter indépendamment l’aiguille des heures locales par pas d’une heure, en avant comme en arrière, avec correction automatique de la date au passage de minuit.
Pour un voyageur professionnel, c’est la différence entre régler sa montre en dix secondes au sortir de l’avion et devoir manipuler l’ensemble du mouvement à chaque changement de fuseau. À travers le fond saphir, on peut apercevoir la masse oscillante personnalisée et un pont gravé des trois valeurs affichées par la marque, « Adventure, Freedom, Independence ».
Le fond porte également un logo Enjoy Life en couleurs et la mention « One of 500 », ce qui masque partiellement le calibre mais assume la personnalité de la série.
Boîtier, bracelet et packaging voyage
Le boîtier, en acier inoxydable 316L, mesure 40 mm de diamètre pour 14,5 mm d’épaisseur et 49,3 mm de corne à corne, des cotes plutôt raisonnables et polyvalentes pour la plupart des poignets.
La couronne est vissée, l’étanchéité atteint 100 mètres, et le verre saphir bombé façon glass box apporte cette touche vintage bienvenue sans compromettre la robustesse. Le mélange de finitions brossées et polies donne au boîtier une certaine profondeur visuelle, et la plaque latérale gravable sur le flanc gauche du boîtier reste disponible pour ceux qui souhaitent la personnaliser.
Norqain propose deux options de portage, un bracelet acier trois maillons à centre brossé et flancs polis, ou un bracelet caoutchouc blanc intégré qui joue à fond la carte du thème estival. Le packaging mérite lui aussi le détour, puisqu’il prend la forme d’une malle de voyage en aluminium sur-mesure incluant un porte-passeport, un insert carte du monde et une petite boîte de pins destinés à marquer les destinations visitées ou celles que l’on rêve encore d’explorer.
L’avis de We Love Watches
Sur un segment saturé de GMT sérieuses et un peu monolithiques, Norqain fait le pari inverse en assumant complètement le caractère ludique d’une montre qui n’a pas peur d’être joyeuse.
Le résultat pourrait sembler pousser un peu loin le curseur du gadget, mais la substance mécanique retient l’attention. Un calibre flyer GMT certifié COSC avec 70 heures de réserve de marche, développé sur base Kenissi, reste un argument technique de premier ordre à ce niveau tarifaire, et bien peu de concurrents suisses proposent aussi bien pour un budget équivalent.
La véritable question porte évidemment sur la longévité de l’attrait esthétique. Les tongs qui apparaissent à la place de la date tous les sept jours pourront amuser au début, puis lasser après quelques mois de port, et le cadran carte du monde marquera moins de terrain que les cadrans plus classiques de la collection Freedom.
C’est probablement l’idée, cette montre n’est pas conçue pour être la seule au poignet mais bien pour rejoindre une collection à laquelle elle apportera sa dose de fantaisie. Le Golden Ticket restera bien sûr l’élément le plus discuté dans les mois qui viennent, et la loterie effective jusqu’en septembre constitue un moteur commercial redoutable.
Que la manufacture décide ou non de rééditer l’exercice, la démonstration est faite qu’une petite marque indépendante peut créer de l’événement là où les grandes maisons n’osent plus.
Prix : 5 210 € sur bracelet caoutchouc, 5 350 € sur bracelet acier.









